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Interview Beñat Iribarne

Comment gérer une crise sanitaire lorsque l’on est directeur d’entreprise ?

Le COVID-19 est le sujet principal des médias, de la presse et même des réseaux sociaux. Le virus a impacté la France et le monde entier : aujourd’hui c’est un sujet omniprésent… Toutes les entreprises ont été affectées et ont dû mettre en place des stratégies pour surmonter cette période inédite.

Cela a également été le cas pour ACV qui, comme toutes les entreprises, ne s’attendait pas à une telle crise sanitaire.

Beñat Iribarne, directeur de l’entreprise ACV France en témoigne aujourd’hui. Il nous confie comment la crise a été vécue au sein de son entreprise et quelles mesures ont été instaurées pour la surpasser.

D’un point de vue professionnel, dans quel état d’esprit étiez-vous le 16 mars à 20h, soir de l’annonce du confinement ?

Nous nous y attendions un peu puisque dès le jeudi j’ai demandé aux salariés de se préparer à télétravailler. Mais quand cela a été annoncé officiellement, nous nous sommes posés beaucoup de questions car c’est quelque chose que nous n’avions jamais vécu : des inquiétudes pour l’activité, pour les salariés, pour leur santé et celles de nos clients ou encore de leur entourage.
L’état d’esprit était tout de même plutôt positif. Je savais que nous étions prêts à télétravailler, cet aspect ne m’inquiétait pas beaucoup. Nous avions pu anticiper de quelques jours, nous n’avons pas été pris au dépourvu.

Suite à cette annonce, quelles mesures avez-vous prises pour ACV France ?

Concernant les sédentaires, tout le monde a été mis en télétravail afin d’assurer la prise ainsi que le traitement des commandes, etc.
Nous avons garanti un service logistique réduit au minimum sur le siège. Nous étions donc en mesure de recevoir et de livrer des produits. Nous nous sommes assurés d’avoir un stock minimum pour tenir un mois voire un mois et demi. Entre nos partenaires distributeurs et nos stocks à Toussieu, nous avons réussi à éviter les ruptures d’approvisionnement.
Et enfin, toutes les équipes commerciales ont continué à télétravailler.

Vous a-t-il fallut un temps d’adaptation à vous et à vos salariés ? Comment cette crise sanitaire a-t-elle été vécue en interne ?

Chez ACV France il y a deux populations. Tout d’abord une population commerciale dont je fais partie. Les commerciaux ont l’habitude d’être en télétravail. Ils ont eu à gérer le fait de rester chez eux toute la semaine, mais concernant leur façon de travailler il n’y a pas trop eu de changement.

En revanche, les équipes sédentaires n’avaient jamais télétravaillé. Je trouve que cela s’est très bien passé. Les moyens informatiques nous ont permis de le faire facilement.

Nous avons mis en place une réunion tous les jours avec les sédentaires et les commerciaux ce qui nous a permis de garder un lien et une proximité même si cela était virtuel.

Face au développement du virus, les usines de production ont été contraintes de fermer durant quelques semaines. Ces événements ont-ils eu un impact sur l’activité d’ACV France ?

L’arrêt total n’a duré que très peu de temps. Du personnel volontaire en France et en Belgique s’est mobilisé pour reprendre très rapidement la fabrication. Cela nous a permis de limiter un maximum des ruptures de produits.
Ce qui nous a manqué ce sont les commandes car les chantiers ont été arrêtés, mais au niveau production et livraison des produits, nous étions à même de livrer.

À ce jour, le déconfinement est progressif. Comment envisagez-vous la suite de votre activité ?

Aujourd’hui, nous sommes le 25 mai et il y a deux scénarios possibles : un scénario favorable et un autre plus pessimiste.

Le scénario favorable est une diminution de l'épidémie. Cela permettra aux chantiers de reprendre grâce aux mesures de protection qui sont mises en place. Si les chantiers reprennent, les commandes et les livraisons suivront. Dans ce cas-là, nous nous rapprocherons du niveau de commande initialement prévu. Sachant tout de même que nous ne retrouverons sans doute pas le niveau 100%. En effet, le retard accumulé pendant trois mois doit être compensé et cela freinera certainement de nouveaux projets.

Le scénario plus pessimiste, dans le cas où le virus redémarre plus ou moins fortement en France en juin, est que cela engendre un nouvel arrêt du business durant plusieurs mois. Si nous devons passer la période d’été confiné ce serait très dur économiquement. Les mois de juin, juillet et septembre sont les plus importants car c’est la période de grands travaux.

Mais je crois plus au premier scénario qu’au second !

Que mettez-vous en œuvre pour poursuivre l’activité d’ACV France tout en assurant la sécurité de vos salariés et clients ?

Aujourd’hui, nous avons lancé un plan d’action de déconfinement : les salariés sont prêts à retourner en clientèle pour la partie commerce et les sédentaires sont prêts à revenir au siège. Le retour se fera en respectant le plan d’action de déconfinement qui a été mis en place au niveau du Groupe Atlantic et qui débute aujourd’hui. Ce plan regroupe toutes les actions et mesures de protection des salariés (gestes barrières, distribution de masques, mise à disposition de gel hydroalcoolique, etc).

D’un point de vue professionnel, que pouvez-vous retenir de cette crise ?

Ce que j’ai retenu c’est que l’équipe qui n’était pas habituée à télétravailler a été extrêmement réactive. Cela pose des questions sur les façons de travailler et sur la sédentarité en elle-même. Cela prouve bien que le télétravail peut se faire de plus en plus quand il est relayé par des moyens modernes (Microsoft Teams, Skype, etc).

Je pense que cette crise a fait gagner cinq ans au télétravail, au travail à distance et aux nouvelles façons de travailler. C’est cela que nous devons retenir et peut-être qu’aujourd’hui nous avancerons plus vite sur le télétravail. Cette crise va nous permettre de gagner des années.

Professionnellement, appréhendez-vous une seconde vague ? Pensez-vous à la mise en place de mesures particulières dans le cas où le virus se développerait à nouveau ?

Aujourd’hui nous répondons aux mesures sanitaires qui sont demandées par les organismes d’État ou régionaux. Nous en faisons même plus que ce qui nous est demandé. En revanche, s’il y a une seconde vague nous serions obligés de retourner en télétravail. Mais aujourd’hui c’est un scénario possible, plausible, mais que je veux éviter. J’espère que nous ne connaîtrons pas ce scénario car économiquement ce serait compliqué pour le secteur du génie thermique.

Si vous deviez résumer cette période inédite, que diriez-vous ?

En quelques mots je dirais réactivité et solidarité des équipes. Tout le monde a été positif, solidaire et réactif.

Pour finir, durant ces dernières semaines, vous avez dû adapter votre mode de travail. Avez-vous une anecdote à nous raconter à ce sujet ?

Du fait que les salariés ne mettent pas les caméras en réunion, nous avons pu entendre des bruits d’enfants, d’animaux ou même parfois des « querelles ». Des choses que nous n’aurions peut-être pas dû entendre (rire). Ceci nous a fait rigoler par moments. Mais s’il y avait eu les caméras, je pense que nous aurions découvert des collaborateurs avec des tresses, des cheveux longs, de vieux tee-shirts ou en pyjama, mais toujours mobilisés.